Posté le Mercredi 13 septembre 2006 par jc durbant
Confirmation, après le livre de De Closets et cette fois pour les seules retraites, de la remarquable perversité du « modèle social français » par l’historien de l’économie Jacques Marseille dans le Point du 24 août dernier.
Ainsi, avec un système qui cumule à peu près toutes les inégalités imaginables (jusqu’à de véritables « surprimes de soleil » pour nos pauvres fonctionnaires des DOMTOM), c’est en gros « ceux qui ont subi des métiers pénibles, dangereux et moins payés qui paient la retraite de ceux qui ont été le mieux payés, se sont arrêtés tôt et ont connu les métiers physiquement les moins éprouvants et qui en plus… se paient le luxe de bloquer toute vélléité de réforme dans la rue!
Extraits:
« Ce n’est toutefois qu’au début des années 70 que sera parachevé un système qui, en 1950, ne garantissait que 28 % du salaire moyen. En 1965 encore, 30 % des personnes de plus de 65 ans avaient un revenu inférieur au seuil de pauvreté. (…) Trente années après, les retraités ont un niveau de vie égal et même supérieur à celui des actifs, sans même tenir compte de la jouissance et des revenus d’un patrimoine plus important. Aujourd’hui, seules 5 % des personnes de plus de 65 ans ont un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Etre vieux ne signifie plus être soumis au risque de l’indigence.
Dans ce système, qui dépend de la démographie, redoutable pari sur la fécondité, donc, le droit à la retraite n’est pas un droit acquis, mais une sorte de créance sur les générations futures. A une journaliste qui avait critiqué l’insistance avec laquelle il expliquait ce pacte non écrit entre les générations, Alfred Sauvy, qui avait créé l’Institut national d’études démographiques (Ined), alors retraité, avait rétorqué en substance :
«Chère Madame, vous cotisez, j’en suis fort aise, et je vous en remercie, car figurez-vous que la caisse me transmet vos versements. Personne ne les met dans une tirelire, je les dépense intégralement pour voyager et faire plein de choses intéressantes. Vous ne risquez pas de les revoir ! En revanche, quand vous serez vieille, vous serez contente que des enfants aient été mis au monde, aient grandi, aient été bien éduqués, car ce sont leurs cotisations qui vous permettront de vivre à votre tour convenablement sans travailler. »
le ratio de dépendance démographique – qui désigne le nombre de personnes à l’âge de la retraite par rapport au nombre de personnes en âge de travailler – va quasi atteindre un cotisant pour un retraité vers 2020, alors qu’il était de quatre cotisants pour un retraité dans les années 1980 et de quinze cotisants pour un retraité en 1945. (…) A législation inchangée, pour assurer le financement des régimes de retraite, il faudrait doubler l’impôt sur le revenu d’ici à 2020 ou doubler la TVA d’ici à 2040.
Ne rien faire, comme l’exigent les fantassins de l’immobilisme, c’est porter à la charge de la génération née après 1970, moins nombreuse, plus soumise qu’autrefois au risque du chômage et de la précarité, et qui devra en outre supporter les intérêts et le capital d’une dette que ses aînés ont laissée filer, le soin de payer la santé et les retraites d’une génération qui a bénéficié de carrières longues, s’est voulue volontairement moins féconde, a connu des conditions de travail moins pénibles et a décidé, cerise suprême sur le gâteau, de fixer l’âge de la retraite à 60 ans alors que tous les autres Etats européens, confrontés aux mêmes problèmes, ont relevé à 65 ans (voire 67 ans au Danemark) l’âge légal de départ à la retraite.
A cette inéquité intergénérationnelle qui est une insulte à l’avenir se superpose une incroyable inéquité entre retraités eux-mêmes : des injustices liées à la multiplicité et à l’opacité des régimes de retraite. On ne compte pas moins de 538 régimes concourant à la gestion du risque vieillesse : autant de régimes qui multiplient les réflexes corporatistes et sanctuarisent les injustices.
Là où une ouvrière de 60 ans, à la carrière incomplète pour avoir élevé deux enfants, touchera 1,04 euro pour 1 euro cotisé, un employé modeste à la Banque de France, pouvant prendre sa retraite à 55 ans, touchera 2,42 euros pour 1 euro cotisé. Là où un cadre multicarrières ayant commencé par être ingénieur agronome avant de se lancer dans une activité libérale de conseil percevra à partir de 64 ans 0,87 euro pour 1 euro cotisé, un cadre de la SNCF ayant accumulé trente-deux années validées et prenant sa retraite à 55 ans percevra 3,16 euros. Là où une infirmière à la carrière incomplète percevra 1,83 euro pour 1 euro cotisé, un sous-officier prenant sa retraite après quinze années de service, dont cinq de campagne simple, et jouissant de sa pension immédiate à 35 ans percevra – c’est le meilleur rapport – 4,78 euros pour 1 euro cotisé.
En vertu d’un décret du 10 septembre 1952, les pensions de retraite pour les fonctionnaires d’outre-mer sont majorées de 35 % à la Réunion et à Mayotte, de 40 % à Saint-Pierre-et-Miquelon et de 75 % en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie. Des majorations qui, à cette date, pouvaient se justifier par l’éloignement et la vie beaucoup plus difficile. Mais qui sont aujourd’hui devenues des destinations paradisiaques pour les 100 000 fonctionnaires que comptent ces territoires. Des majorations qui expliquent que certains fonctionnaires métropolitains n’hésitent pas à se faire nommer outre-mer six mois avant leur départ à la retraite ! Ainsi, en Polynésie, un enseignant titulaire du Capes ayant eu trois enfants percevra 4 938 euros de retraite, contre 2 822 pour son collègue de métropole.
Mieux, … « Les indemnités sont versées à certains pensionnés n’ayant jamais travaillé outre-mer… Ils sont chaque année près de cinq cents à se rendre à la Réunion pour y louer ou y acheter un appartement, à la seule fin de disposer d’une adresse, unique formalité indispensable à remplir pour bénéficier de l’avantage en question. Cette adresse est en général fictive, car souvent ils ne font que passer et résident en réalité en métropole. Aucun contrôle n’est effectué. »
Et… les métropolitains qui effectuent leur carrière outre-mer bénéficient de bonifications d’annuités ; tous les trois ans, ils gagnent une année de retraite supplémentaire sans avoir à cotiser. Il leur suffit donc de travailler seulement trente ans, au lieu de quarante, pour toucher une retraite à taux plein. Et, une fois leur carrière terminée, qu’ils restent sur place ou qu’ils retournent en métropole, ils touchent également les majorations de pension.
La moindre des réformes serait de tenir compte de l’espérance de vie pour le calcul des cotisations et des pensions. La Suède l’a fait en 1999 en instaurant ce que les assureurs appellent la neutralité actuarielle. Le régime par répartition fonctionne selon un mécanisme de compte qui retrace les droits acquis par l’assuré au cours de sa carrière. Au moment du départ à la retraite, les droits accumulés dans le compte sont convertis en annuités selon une formule qui prend en considération l’espérance de vie de la génération à laquelle appartient l’assuré et l’âge qu’il choisit pour partir à la retraite. »
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6 réponses à “Retraites à la française: c’est encore Billancourt qui paie pour Neuilly!”
13 sept 06 à 09:01
[...] ExtremeCentre.org » Retraites à la française: c’est encore Billancourt qui paie pour Neuilly! [...]
13 sept 06 à 08:47
On le sait, mais que faire ?
On pourrait ajouter que les revenus des retraites augmentent avec l’inflation, ce qui n’est pas le cas des salaires et qu’il n’y a aucune incertitude sur le payment (contrairement aux actifs qui peuvent se retrouver au chomage, si si je vous jure cela arrive)
Je me demande si la France changera quand la generation des trentenaires arrivera au pouvoir. en tout cas je l’espere. Cela fait 10 ans que j’etais a l’etranger et l’immobilisme de notre classe dirigeante et le fait que les baby boomer saient le pouvoir, l’argent, le patrimoine me pousse a me dire que je suis revenue trop top.
Peut etre faudrait il que les jeunes (dont moi), prennent plus de responsabilites publiques pour pouvoir reformer les choses de l’interieur? quand on atteint une masse critique cela basculera.
13 sept 06 à 05:05
On est bien d’accord: je partage tout à fait cette exaspération et je voyais donc pas bien en quoi « l’article » lui-même pouvait être exaspérant …
Mais il vous reste plus qu’Ã … voir aussi de toute urgence le site Sauvegarde retraites !
13 sept 06 à 04:32
De penser à tous ces tartuffes qui défendent leur droit à voler l’argent des autres au nom de l’égalité, du progrès et de la retraite par répartition.
Parce qu’il s’agit bel et bien de spoliation pure et simple; ça m’exaspère.
13 sept 06 à 04:18
Explications … ?
13 sept 06 à 04:15
Cet article a réussi à m’énerver prodigieusement.





