Le site web du Figaro propose à ses lecteurs deux articles qui reviennent sur le mois de guerre entre Israel et le Hizbollah.
Le premier, Israël a gâché une chance historique de gagner la guerre contre le Hezbollah, est signé Renaud Girard, grand reporter (sic) au service étranger du Figaro.
Le second, Liban : démasquer les faux-semblants d’une guerre, est d’Edward Luttwak, expert en stratégie.
Ces deux articles sont remarquables, en ce qu’ils mettent en lumière le différence de traitement de l’information et la différence d’analyse et de compréhension des données sur le terrain.
Girard, qui semble avoir une connaissance trés limitée de la région, emploie des expressions, comme “l’establishment politico-militaire israélien”, qui n’ont aucun sens quand elles sont appliquées à la démocratie israélienne.
De même, il revient plusieurs fois sur la supposée “précipitation” de la réponse de Tsahal à la déclaration de guerre du Hizbollah. Girad ignore manifestement que l’armée israélienne, comme toutes les armées combattantes, échafaudent sans cesse des plans de campagnes, et les utilisent le moment venu.
Aucune armée n’improvise ses mouvements sur le terrain, et certainement pas quand elle prends l’initiative de ces mouvements.
Par exemple, Girard nous affirme doctement :
“Israël bombarda immédiatement les pistes de l’aéroport international de Beyrouth, s’engouffrant dès le premier jour dans une stratégie de la punition collective. Le fait que les porte-parole israéliens aient justifié cette action par un argument aussi ridicule que celui «d’empêcher l’exfiltration vers l’Iran de nos deux otages» montre le degré d’improvisation stratégique et de désarroi psychologique auquel était réduit à l’époque l’establishment politico-militaire de Tel-Aviv.”
L’argument devient beaucoup moins ridicule quand on sait, comme Girard, grand reporter, devrait le savoir, que l’exfiltration vers l’Iran est exactement ce qui est arrivé au pilote d’hélicoptère Ron Arad, fait prisonnier par le Hizbollah en 1982.
A lire ces deux articles, on comprend comment Girard a raté une chance historique de paraitre intelligent.
Update 1 : David Ruzié donne une réponse plus développée à l’article de Girard ici
Update 2 : Thomas Friedman, du NYT, est de l’avis général un journaliste d’un tout autre calibre que Girard.
Interrogé par David Schraub, voici ce qu’il déclare :
DS: So how does Hezbollah come out of this? Do they come out stronger?
TF: Well as we sit here today–and I’m glad I’m vacation right now so I don’t have to write a column this week–I think this was a devastating defeat for Hezbollah. Wars are fought for political ends. They aren’t fought for pride; they aren’t fought for how many people will put your poster up or how many times your face will appear on al-Jazeera. Wars are fought for political ends. Well let’s look at the two political ends of this war. It appears as we sit here today, that we’re going to get a French-led, European peacekeeping force in South Lebanon, that will escort the Lebanese army down to the border and will serve there as a permanent peacekeeping force. That’s a huge achievement for Israel… This is a huge strategic loss for Iran, Syria, and Hezbollah. Being able to touch Israel, and provoke a war like this, was a real strategic advantage for them. They could turn it on and off anytime they wanted. They can’t do that anymore….
That’s number one. Number two, Hezbollah was given these rockets by Iran, one assumes, as a deterrent, so if anyone–if Israel–ever struck Iran’s nuclear facilities, Iran could hit back through south Lebanon. First of all, now it’s fired off a lot of these rockets, got a lot of them destroyed, and while they of course they can be resupplied…. Israel will study this whole war, and learn the lessons of it. So, militarily Hezbollah is weaker. And politically speaking, inside Lebanon, many Lebanese are very angry about this war. They’re sitting back and saying, especially in their own community–and you may not hear that in the press here, but believe it’s going on–”What is this war about? What did this war achieve? Pride? But I lost my house. My factory. The bridge that got me to work. What was this all about? Who did we do this for? A third country?”
Now just those questions alone make it much harder for Nasrallah to act in the future. So, I would say on every count this was a huge strategic defeat for Hezbollah.
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