Posted on Mercredi 5 avril 2006
Le mélange particulier d’émeutes, d’opérations de pression et de revendications de foules en France et ailleurs, n’est-il pas un indice d’un glissement politique accepté vers l’ochlocratie pure et simple. Cette forme de gouvernement des foules (du grec okhlos, ‘foule’ et –cratia, ‘pouvoir’) a toujours été considéré comme un signe de très mauvaise santé politique. Rappelons-nous ce qu’en disait Victor Hugo, dans « Les misérables » (Ch. Charybde du Fbg St Antoine, de la guerre entre quatre murs): « Il arrive quelquefois que, même contre les principes, même contre la liberté, l’égalité et la fraternité, même contre le vote universel, même contre le gouvernement de tous par tous, du fond de ses angoisses, de ses découragements, de ses dénûments, de ses fièvres, de ses détresses, de ses miasmes, de ses ignorances, de ses ténèbres, cette grande désespérée, la canaille, proteste, et que la populace livre bataille au peuple. Les gueux attaquent le droit commun; l’ochlocratie s’insurge contre le démos ».
On sait aussi qu’en 1793, la Terreur fit son lit de l’ochlocratie.
L’observateur écossais de la Révolution française James Mackintosh (1765-1832) l’avait déjà bien analysé dans son Vindiciæ Gallicæ,: « L’autorité d’une populace corrompue et tumultueuse doit plutôt être considérée comme une ochlocratie qu’une démocratie, comme le despotisme de la cohue, et non le gouvernement du peuple ». Or, pour citer Montesquieu cette fois: « dans le despotisme tous les hommes sont égaux, mais l’homme n’est rien ».





