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Nuit d’amour à Gstaad

Posté le Dimanche 26 mars 2006 par Letel

Ah, ces Suisses…
« Je ne sais pas si vous êtes comme moi, je passe mes journées à combattre ce pour quoi je luttais dans ma jeunesse. » GS
« Au soir du 5 janvier 1975, Gstaad s’endort paisiblement sous une abondante couche de neige fraîche. Pourtant, sur les hauteurs de la très huppée station de ski helvétique, le chalet d’Axel Springer, patron de presse allemand, est détruit par un incendie. La police conclut à un attentat commis par des gauchistes de la célèbre Fraction armée rouge, dont Springer et ses journaux, jugés réactionnaires, sont les ennemis jurés. Mais les coupables ne seront jamais retrouvés. Et pour cause, puisqu’ils étaient suisses.

C’est ce que raconte Daniel de Roulet dans un petit ouvrage publié simultanément à Paris et Zurich (1). L’auteur, qui vit aujourd’hui en France, a déjà fait état, dans ses romans, de son passé militant. Aujourd’hui, dans Un dimanche à la montagne, il révèle avoir détruit ce chalet en compagnie d’une jeune femme dont il était amoureux. Il avait 30 ans et tenait Springer pour un ancien nazi. Son livre retrace cette rocambolesque journée de l’hiver 1975 où deux jeunes gens ont, tout seuls, soigneusement préparé leur forfait, dormant la veille dans un palace de Gstaad sous un faux nom, rejoignant le chalet à skis, installant un ingénieux système de mise à feu, avant d’aller poster des communiqués de presse farfelus qui laisseront les enquêteurs perplexes.

Ce court texte nous fait revivre une époque. En Allemagne, Holger Meins, membre de la Fraction armée rouge, mourait en prison d’une grève de la faim. C’est aussi une réflexion douce-amère sur le temps qui passe et les amours perdues.

Daniel de Roulet a décidé aujourd’hui de parler en hommage à cette femme autrefois aimée qui vient de disparaître, mais aussi parce qu’il a appris par hasard que Springer n’a jamais été nazi. C’est enfin parce qu’une phrase de Gerhard Schröder le hante depuis quelque temps : « Je ne sais pas si vous êtes comme moi, je passe mes journées à combattre ce pour quoi je luttais dans ma jeunesse. »

Dans l’ensemble, la presse helvétique a moyennement goûté la révélation. On ne reproche pas tant à Daniel de Roulet son forfait – qualifié d’ »Ã©garement » ou d’ »idiotie ». La plupart des journaux s’offusquent surtout que cet aveu, trente ans après, ait été orchestré comme un coup médiatique à la française, avec des rumeurs savamment distillées, des interviews livrées à l’avance à quelques journalistes, pour finir par une tournée des plateaux de télévision.

De telles pratiques autour de la sortie d’un livre sont peu courantes dans une Suisse protestante et sobre qui toujours réprouve le sensationnalisme. Du coup, les articles se font acerbes : après tout, se demande le quotidien 24 heures, Daniel de Roulet a-t-il seulement commis cet attentat dont il se vante ? Dans Le Temps, on l’accuse d’être un donneur de leçons. Le germanophone Tages-Anzeiger l’interroge sur la commercialisation de ses souvenirs, en estimant qu’il fait preuve de lâcheté en dévoilant des faits prescrits, quand Der Bund regrette son narcissisme. Enfin, dans la Basler Zeitung, on fustige ce « macho de gauche » qui décrit plus précisément sa nuit d’amour à Gstaad que les détails de l’attentat.
Le monde politique n’a pas tardé à réagir. A Berne, le conseiller national Oskar Freysinger a lancé une initiative parlementaire réclamant que Daniel de Roulet rembourse différentes aides qu’il a reçues de l’Etat en dix ans, et qui avoisineraient les 100 000 francs suisses (près de 64 000 E). Pour ce membre de l’UDC, le parti très droitier de Christoph Blocher, « la Suisse ne peut financer des terroristes ». Daniel de Roulet estime que leur requête n’est pas recevable : « La prescription est un droit humanitaire. »"
Sylvie Tanette, « Le livre explosif de Daniel de Roulet, Le Monde des livres, 24 mars
(1) Un dimanche à la montagne, de Daniel de Roulet. Ed. Buchet-Chastel, 158 p., 15 €. (Ein Sonntag in den Bergen. Ein Bericht. Limmat Verlag. 15 €).
Letel @ 09:12
Catégorie(s): Généralités et Mémé Bookine


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2 réponses à “Nuit d’amour à Gstaad”

  • 2
    Letel:

    J’ai bien aimé la formule de Schroeder, il est pas si mauvais ce type, il ne manque pas d’humour, et de bon sens. Et évidemment, ça nous rappelle quelque chose.

  • 1
    Mateamargo:

    En fait il ne combat pas ces amours de jeunesse, comme le dit Schroeder. Il continue la lutte par d’autres moyens étant donné qu’il a constaté que Springer n’était pas Nazi. Il devrait rembourser non seulement ses allocations suisses mais les assurances de Springer, oui.

    Mais cette méthode de plasticage est admirable d’extremo-centrisme.

    Ah! si tous les extremo-centristes faisaient comme lui dans sa jeunesse pour des cibles antidémocrates!