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Oscars pour Oussama

Posté le Vendredi 3 mars 2006 par ajm

Charles Krauthammer – Adaptation française de Simon Pilczer, volontaire de l’IHC

Rien ne parle mieux de Hollywood que ce qu’il choisit d’honorer. Nominé pour le titre de meilleur film en langue étrangère, « Paradise Now » est le portrait sympathique de deux islamikazes à la bombe. Nominé comme meilleur film, « Munich » est le portrait sympathique de la mode d’hier dans la barbarie : le terrorisme homicide.

Mais jusqu’à ce que vous voyiez « Syriana » nominé pour le meilleur scénario (avec George Clooney, nominé pour le meilleur second rôle) vous n’avez pas idée combien l’autoflagellation et le dégoût de soi passent pour de la complexité et du sérieux moral à Hollywood.

Le scénario de « Syriana » a bien sûr les tropismes libéraux usuels comme cette direction de scène : « L’adjoint au conseiller national à la Sécurité, Marylin Richards, 40 ans, chevelure sculptée, avec l’âme d’un homme blanc de 70 ans, républicain, est responsable » (page 21). Ou cette indication de couverture, Gordon Gekko, porte-parole Républicain, parlant au nom d’un exploitant pétrolier du Texas : « La corruption est notre protection. La corruption est ce qui nous garde en sécurité et au chaud… La corruption… est notre manière de vaincre » (page 93).

Mais ceci est l’ordinaire de Hollywood. La vraie distinction du scénario de “Syriana” est l’intrigue presque incompréhensible – un mélange confus de mentions historiques sur une affaire de corruption pour le pétrole kazakh, une lutte de succession dans un royaume arabe riche en pétrole, et une compagnie pétrolière géante du Texas qui tire les ficelles à la CIA et, naturellement, partout ailleurs – au cours de laquelle, il n’y a que deux choses absolument claires et cohérentes : le seul héros politique du film et la seule âme pure.

Le héros politique est un prince arabe qui veut mettre fin à la corruption, à l’inégalité et à l’oppression dans son pays. Comme il le déclare aux anciens de sa tribu, il a l’intention de moderniser son pays en y apportant le respect de la loi, l’efficacité du marché, les droits de femmes et la démocratie.

Que croyez-vous qu’il lui arrive ? Lui, sa belle femme et ses beaux enfants sont assassinés, incinérés, par un missile expédié à distance, tiré depuis les quartiers généraux de la CIA à Langley, pas moins – au moment même où (cela passe pour une subtile coupure au montage du film) son vilain jeune frère, le rival corrompu lui succède sur le trône, et marionnette de la compagnie pétrolière, il est acclamé comme « l’exploitant pétrolier de l’année » au cours d’une fête suffisamment tape-à-l’oeil peuplée d’Américains gras et laids.

Ce qui est grotesque dans cette phase pour la clarté de l’intrigue est que la lourde critique évidente de la politique réelle des USA au Moyen-Orient aujourd’hui concerne l’excès d’idéalisme wilsonien de l’Amérique, qui tente de trouver et de promouvoir – contre une vague de tyrannie, d’intolérance et de fanatisme – des dirigeants locaux comme le Bon Prince. Qui, dans le Grand Moyen-Orient, est plus proche du parangon de vertu modernisatrice et démocratique de « Siryana » ? Sans aucun doute, le président Hamid Karzaï d’Afghanistan, homme exemplaire – et parfaitement réel – doué d’un courage physique, d’une intégrité personnelle et d’un tempérament démocratique. Des centaines de braves soldats américains (et d’alliés de l’OTAN) sont morts en le protégeant ainsi que le système démocratique qu’ils ont établi, pour lui permettre de gouverner. La nuit même où les Oscars honoreront « Syriana », des soldats américains se battront, certains mourront peut-être, pour défendre précisément le modèle de dirigeant musulman, tolérant, modernisateur que « Syriana » accuse l’Amérique de massacrer.

Cela empire. L’élément le plus pernicieux dans le film est le personnage au coeur moral du film : le beau Pakistanais, modeste, attentif, généreux qui devient un beau, modeste, attentif, généreux… islamikaze à la bombe. Dans la scène finale, le Pur, le Seul, habillé dans la plus pure des tenues blanches, jette son petit bateau à moteur empli d’explosifs la tête la première sur sa cible. C’est une reprise du bateau réel qui plongea sur le navire de la Navy USS Cole en 2000, tuant 17 marins américains, sauf que dans la version « Syriana », la cible est un autre symbole de l’impérialisme américain dans le Golfe persique : un terminal de gaz naturel liquéfié récemment ouvert.

L’explosion, qui aurait la force d’une bombe nucléaire, constitue le point moral à son zénith du film ; le moment de nettoyage crucial, alors que le Pur, le Seul, habillé de blanc, fusionne avec la grande masse blanche de l’immense mur du terminal : à ce moment, l’écran devient totalement blanc. Et religieusement silencieux.

Dans ma naïveté, je pensais que Hollywood avait atteint son nadir avec le « JFK » d’Oliver Stone, film qui enseignait à une génération d’Américains que le Président John F. Kennedy avait été assassiné par la CIA et la FBI en collaboration avec Lyndon B. Jonson. Mais au moins c’était pour la consommation domestique, une affaire interne d’intérêt seulement marginal pour d’autres pays. « Syriana », cependant, est destiné à l’exportation, transportant les faussetés les plus vicieuses et pernicieuses sur l’Amérique vers un monde réceptif.

La plus grande part de la mentalité libérale de gauche est criblée d’angoisse et de culpabilité, recherchant partout une équivalence morale. « Syriana » est d’une espèce totalement différente – c’est une variété pathologique qui brûle avec la certitude de son anti-américanisme plein de malignité. Oussama ben Laden n’aurait pas pu écrire le scénario de ce film avec plus de conviction.

ajm @ 13:32
Catégorie(s): Antiaméricanisme, toujours pathologique


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24 réponses à “Oscars pour Oussama”

  • 24
    Islam:

    Désolée pour  »tu » je n’ai pas fait attention.

  • 23
    Islam:

    «  »aucun musulman même extremiste n’égalera Hitler, question masacres et meurtres »" tu as très bien compris mais là 1/ 0 en ta faveur. Disons que je me base sur las chiffres présent et je me projette dans le futur. (je parle surtout de comparaisons futures)

  • 22
    Ataulfo:

    « Je parle du présent et les chiffres sont là!!! »

    Vous avez écrit « n’égalera »; c’est le futur, mademoiselle.

  • 21
    Islam:

    Je parle du présent et les chiffres sont là!!!

  • 20
    Ataulfo:

    « Ben Laden est très très très très très très loin derrière Hitler »

    Ben oui.

    « aucun musulman même extremiste n’égalera Hitler, question masacres et meurtres »

    Qu’en savez-vous? Vous prenez-vous pour une prophète?!

  • 19
    Islam:

    d’accord avec nous Ataulfo, Ben Laden est très très très très très très loin derrière Hitler.aucun musulman même extremiste n’égalera Hitler, question masacres et meurtres.

  • 18
    Ataulfo:

    « Deuxio, Ben Laden est une baudruche gonflée par Bush : pas grand chose de plus. Hitler était le leader d´une grande nation industrielle d´Europe »

    Vous comprendrez que je n’entre dans un polémique absurde et stérile à propos des similitudes et divergences entre Hitler et Ben Laden. J’ignore pourquoi vous insistez avec ce rapprochement farfelu qui n’a, à l’évidence pas de sens, et qui personne d’autre que vous n’a établi.

  • 17
    Dror:

    Qu’est ce qui se passe, le forum du Monde est en panne de serveur? Avez-vous essayé celui de Marianne? Parce qu’on a crée cette tribune pour nous exprimer contre l’unique pensée antibushienne-antisioniste-antiaméricaine-antilibérale.

    J´avais oublié celle-ci. Que miercoles tiene que ver le forum du Monde ? Anyway, il est payant je crois et je suis trop cheap pour ne jamais m´abonner.
    Me re-contra-cago en la pensée unique. No soy un ideologo : veo la realidad. La realidad es que Bush es un criminal y además bruto.

    El exito de su politica exterior se puede medir a las muestras de afecto que el recibe cuando viaja por el mundo. Lo putean en India, Pakistan, Brasil, Inglaterra, Argentina… Un fenomeno.

  • 16
    Dror:

    A force d´user d´analogies lourdingues, on s´enfonce n´est ce pas ? Premièrement, ce n´est une cave (mot français) mais l´anglais de grotte, caverne, etc… Deuxio, Ben Laden est une baudruche gonflée par Bush : pas grand chose de plus. Hitler était le leader d´une grande nation industrielle d´Europe et une des premières puissances militaires du monde. Bush versus Ben Laden, ce sont des centaines de milliards de $ de budget militaire, le plus gros PIB du monde d´un côté d´un guerrillero avec un kalach qui peut espérer faire un -tout petit- peu de bruit le jour où ses potes maîtrisent enfin le flight simulator sur leur console de jeux.

  • 15
    Islam:

    «  »Apparemment pour vous ce sont les tyrans du monde musulman »" vous n’avez pas complètement tort mais juste pour savoir, dans quelle catégorie, il faut mettre Monsieur Buch.

  • 14
    Ataulfo:

    « Je ne l´ai pas oubliée : je ne l´ai pas comprise. Je savais que pour certains esprits simplistes -simples?- “Ben Laden = Hitler” mais j´étais incapable de trouver qui a pris les traits de Staline de nos jours »

    Apparemment pour vous ce sont les tyrans du monde musulman, puisque vous ne contestiez que la partie de l’analogie concernant Hitler, en nous expliquant qu’il ne vivait pas dans une cave (merci pour le renseignement, d’ailleurs)

    Mais plutôt qu’a votre simplisme (ne soyez pas si dur avec vous-même) j’attribue ceci à votre manque d’entraînement (il y aurait donc de l’espoir)

  • 13
    Dror:

    So far so good.

    L´édito du NYT :

    At the rate that President Bush is going, Iran will be a global superpower before too long. For all of the axis-of-evil rhetoric that has come out of the White House, the reality is that the Bush administration has done more to empower Iran than its most ambitious ayatollah could have dared to imagine. Tehran will be able to look back at the Bush years as a golden era full of boosts from America, its unlikely ally.

    During the period before the Iraq invasion, the president gave lip service to the idea that Iran and Iraq were both threats to American security. But his advisers, intent on carrying out their long-deferred dream of toppling Saddam Hussein, gave scant thought to what might happen if their plans did not lead to the unified, peaceful, pro-Western democracy of their imaginings. The answer, though, is now rather apparent: a squabbling, divided country in which the Shiite majority in the oil-rich south finds much more in common with its fellow Shiites in Iran than with the Sunni Muslims with whom it needs to form an Iraqi government.

    Washington has now become dangerously dependent on the good will and constructive behavior of Shiite fundamentalist parties that Iran sheltered, aided and armed during the years that Saddam Hussein ruled Iraq. In recent weeks, neither good will nor constructive behavior has been particularly evident, and if Iran chooses to stir up further trouble to deflect diplomatic pressures on its nuclear program, it could easily do so.

    There is now a real risk that Iraq, instead of being turned into an outpost of secular democracy challenging the fanatical rulers of the Islamic republic to its east, could become an Iranian-aligned fundamentalist theocracy, challenging the secular Arab regimes to its west

    « Bush is fantastic » Oussama Ben Laden, Ze Big Cave, Afghanistan

  • 12
    Dror:

    PS : la seule chronique valable écrite par Krauthammer ces derniers temps est celle où il fait la nécro de son frangin.

  • 11
    Dror:

    Ouais, bof, sauf que le mec qui vit dans une faille de rocher n´est pas Hitler, loin s´en faut”

    Je ne veux nullement trop vous exiger, mais vous avez oublié la moitié de l’analogie:

    Je ne l´ai pas oubliée : je ne l´ai pas comprise. Je savais que pour certains esprits simplistes -simples?- « Ben Laden = Hitler » mais j´étais incapable de trouver qui a pris les traits de Staline de nos jours.

  • 10
    Ataulfo:

    « Ouais, bof, sauf que le mec qui vit dans une faille de rocher n´est pas Hitler, loin s´en faut »

    Je ne veux nullement trop vous exiger, mais vous avez oublié la moitié de l’analogie: les alliés des Etats-Unis ne sont pas Staline non plus. Bof, quoi.

  • 9
    Dror:

    “- nous dépendons de pays pas très reluisants” Je vois que Bush dit comme vous.

    Pas exactement : Bush admet simplement que ses concitoyens consomment du pétrole au delà du raisonnable et que ledit pétrole se trouve dans une région qui est un vrai chaudron. Même un inculte comme Bush sait de l´amitié des USA avec les régimes autocratiques du Golfe depuis le temps de Roosevelt.

    Voudriez-vous que les USA déclarent la guerre à l’Iran, à l ‘Arabie Saudite et au Pakistan aussi?

    En tant que spectateur français, je dois avouer que ce serait un show qu´il ne me déplairait pas de déguster assis devant ma tv mais je doute que le peuple américain le suive avec autant d´enthousiasme que lors de l´aventure irakienne (au début, youpla boum, la guerre semblait facile, indolore aux américains; maintenant ils sont une majorité à penser que c´était une erreur que d´aller faire la guerre aux irakiens). Comme l´a dit l´ex ambassadeur d´Israël en France : « l´échec de l´intervention en Irak fait que l´hypothèse d´une invasion US directe en Iran s´éloigne »

    Constat de New Republic, un brûlot gauchiste bien connu :

    « With U.S reconstruction aid running out, Iraq’s infrastructure, never fully restored to begin with, decays by the hour. . . . The level of corruption that pervades Iraq’s ministerial orbit . . . would have made South Vietnam’s kleptocrats blush. . . . [C]orruption has helped drive every public service measure — electricity, potable water, heating oil — down below its prewar norm. »

    Bref, les ricains en Irak c´est pas d´eau potable, pas de lumière, pas de chauffage, pas d´essence, pas d´exportations de pétrole et pas de sécurité. Plus évidemment les boy scouts d´Al Qaïda qui n´ont jamais rêvé de meilleur camp d´entraînement. Ce Bush est un champion.

    Moi, je dis que pour combattre Hitler il faut faire alliance avec Staline

    Ouais, bof, sauf que le mec qui vit dans une faille de rocher n´est pas Hitler, loin s´en faut.

  • 8
    Martin:

    Ouin, il serait temps de cotiser !!!! ;)

  • 7
    Mateamargo:

    Merci pour le conseil sur le maté, mais chez nous les buveurs de maté sucré sont mal vus… Et je l’aime comme ça. Imaginez la bière sans amertume…

    « - nous dépendons de pays pas très reluisants »

    Je vois que Bush dit comme vous. Mais alors pourquoi le traitez-vous d’abruti? Ou c’est une poussée de masochisme?

    Voudriez-vous que les USA déclarent la guerre à l’Iran, à l ‘Arabie Saudite et au Pakistan aussi?
    Le peuple américain paraît bien supporter une guerre de 150 000 soldats de metier. Il ne supportera pas plus que ça. Avec ça on arrive à libérer l’Afghanistan, le Liban et à filer le bébé des brigades internationales du jihadisme aux Irakiens. C’est déjà pas mal.
    Si vous voulez davantage, il va falloir se cotiser.
    Moi, je dis que pour combattre Hitler il faut faire alliance avec Staline. C’est exactement ce que fait Bush. S’il faut un abruti pour faire ça, tant pis pour les foudres de la pensée.
    Qu’est ce qui se passe, le forum du Monde est en panne de serveur? Avez-vous essayé celui de Marianne? Parce qu’on a crée cette tribune pour nous exprimer contre l’unique pensée antibushienne-antisioniste-antiaméricaine-antilibérale. C’est lassant d’avoir encore à repeter notre B.A. Ba…. Je sais que notre liberté de penser vous tente. Ca doit être difficile de s’en passer une fois qu’on y a gôuté. Mais on vous saurai gré de revenir quand vous aurez fini votre maturation. Allez, courage!

  • 6
    Dror:

    Une autre de Bush toute fraîche (et pire que mes erreurs d´accord en espagnol) :

    « le Pakistan est une force de modération et de paix dans le monde arabe« 

  • 5
    Dror:

    Les USA soutiennent ce qu’ils peuvent se permettre de soutenir. Et ils font la guerre qu’ils peuvent se payer.

    Vu ce qu´on voit en Irak, ils sont pour le moins limités.

  • 4
    Dror:

    And here we have a serious problem: America is addicted to oil, which is often imported from unstable parts of the world

    source State of Union address 2006

    Bush a dit en outre : « une part croissante de nos importations provient de pays étrangers ». Have fun… Y ponga algo de azucar en su maté : perderás tu amargura…

  • 3
    Mateamargo:

    Les USA soutiennent ce qu’ils peuvent se permettre de soutenir. Et ils font la guerre qu’ils peuvent se payer. Et ils ont raison, tant que le reste du monde ne les aidera pas. Il suffit d’un « abruti » comme Bush pour mener la seule politique américaine possible: ne pas se découlotter devant les barbares obscurantistes moyennageux. Les lumières qui étaient là avant lui ont porté l’Amérique au 11/9.
    CA ça est facile a comprendre pour un abruti comme Bush, mais beaucoup trop dur pour vous.

  • 2
    Dror:

    Les USA soutiennent tous les régimes autocratiques du Golfe. C´est leur abruti de président qui le dit en 2 temps :

    - nous sommes très voraces (en pétrole)
    - nous dépendons de pays pas très reluisants

    Cf son discours d´il y a 19 jours.

  • 1
    Mateamargo:

    C’est à vomir. Il n’y a plus de goudron et des plumes aux USA?




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